juin 07, 2004
Lou
Lou n'en revenait pas de ce qu'il voyait et ressentait. Cette sensation de bien-être et de douceur qui l'envahissait, semblait presque irréelle. Allongé sur cette herbe douce, et verte comme si elle avait été fraîchement peinte, la vision de ce qui l'entourait était paradisiaque. A quelques mètres de lui, une rivière limpide comme l'eau minérale que l'on trouve en bouteille, coulait paisiblement, dans un doux chuchotement qui lui rappelait les hochets des enfants. Un soleil éclatant, mais curieusement qui n'éblouissait pas, donnait des reflets au fil de l'eau, comme si des centaines de petits bouts de miroir flottaient dessus. Il entendait des rires d'enfants qui jouaient au bord de la rivière, sous l'oeil attentif de leurs parents, qui pique-niquaient. Au loin il apercevait ces merveilleuses maisons où il vivait avec sa famille. La pensée de sa famille lui tira un sourire. Ce matin même sa mère l'avait réveillé en lui caressant la joue avec la lettre de sa promotion qu'il venait de recevoir, et l'avait embrassé longuement en lui disant qu'elle était fière de lui.
C'est alors que Lou vit passer dans le ciel au-dessus de lui, un ange! Ce dernier le regardait en filant dans l'air, avec un sourire qui lui emplit son âme de bonheur. L'ange semblait lui parler, mais Lou n'entendait rien. Pourtant, il était à peine à quelques mètres du sol. Puis, l'ange stoppa sa course, et resta en suspension au-dessus de Lou. Maintenant, il voyait bien qu'il lui parlait, et il lui semblait même aux vues de ces grimaces, qu'il criait. Mais aucun son ne parvenait aux oreilles de Lou. Il voulu se lever pour être plus près de lui. C'est alors que tout autour de lui sembla disparaître dans une lumière blanche et brumeuse. Lou ressentit une violente douleur dans sa poitrine, au niveau du coeur. Il grimaça, voulu crier, appeler l'ange à l'aide, mais aucun son ne pu sortir de sa bouche. Alors sous ses yeux effarés, et paralysé par la douleur, il vit l'ange se transformer en gardien de la paix dans son uniforme bleu marine. Le blanc immaculé se changea en cuvette de toilettes sur laquelle il était appuyé, et il eu juste le temps d'apercevoir une seringue aux pieds du policier, puis la nuit et le silence vinrent sur Lou.
Ludovic, 17 ans et demi, venait de mourir dans les toilettes d'un café de la banlieue Lyonnaise, d'une overdose d'héroïne.
Posted by Jean Pénicaud at 03:57 PM in Societe | Permalink | Commentaires (0)